Ces combattantes ont défendu la cour d’Abomey pendant près de deux siècles, du début du XVIIIe siècle jusqu’à la guerre contre la France en 1892. Sous le règne du roi Ghézo, entre 1818 et 1858, leur nombre atteint plusieurs milliers de femmes, avec des estimations allant jusqu’à environ 6 000 à certaines périodes, soit une part importante, parfois estimée à environ un tiers, de l’armée du Dahomey. Recrutées jeunes, entraînées au maniement des armes et à l’endurance physique, elles vivaient au sein de l’enceinte royale d’Abomey. Les habitants du royaume les appelaient Agodjié ou Mino, « nos mères » en langue fon ; les Européens leur donnèrent le nom d’Amazones, en référence aux guerrières de la mythologie grecque. Ce corps d’élite féminin, les Amazones du Dahomey, reste un des cas les plus marquants et les mieux documentés de l’histoire militaire ouest-africaine.
Qui étaient réellement les Amazones du Dahomey ?
Les origines de ce corps de guerrières restent en partie débattues chez les historiens. Une partie de la tradition orale évoque d’anciennes chasseuses d’éléphants, recrutées comme gardes dès l’époque du roi Houegbadja, au XVIIe siècle, mais cette hypothèse n’est pas confirmée de manière formelle par les sources écrites. La plupart des historiens situent plutôt la formation d’un véritable régiment combattant sous la reine Hangbé, qui gouverne le Dahomey de 1708 à 1711 après la mort de son frère jumeau Akaba.
C’est toutefois sous Ghézo que l’organisation militaire se structure durablement : budget renforcé, tenues et attributs distinctifs, fusils importés, unités spécialisées selon les missions. L’historien américain Stanley B. Alpern, auteur d’un ouvrage de référence sur ce sujet, a documenté cette montée en puissance à partir de récits d’officiers et de voyageurs européens du XIXe siècle. Ces témoignages, croisés entre eux, permettent de distinguer les faits attestés des éléments amplifiés par la culture populaire récente.
Comment devenait-on guerrière à la cour du roi ?
L’entrée dans ce corps se faisait souvent dès l’adolescence, par recrutement direct ou par choix des familles elles-mêmes. Les recrues suivaient un entraînement comparable à celui d’une armée régulière, comme le détaille ce dossier consacré aux femmes soldats du Bénin ancien :
- maniement des armes traditionnelles et à feu
- endurance physique et résistance à la douleur
- discipline de vie collective au sein de l’enceinte royale
Ces militaires d’élite juraient fidélité au roi et n’avaient pas le droit de se marier ni d’avoir d’enfants pendant leur service. Certaines pouvaient, après leur départ du régiment, se marier, parfois avec des guerriers ou, dans certains cas, avec le souverain lui-même. Leur statut les plaçait au sommet de la hiérarchie militaire du Dahomey, dans une position sociale à part, à la fois enviée et redoutée par le reste de la population, comme le rappelle Jeune Afrique.
Ce système militaire s’inscrivait aussi dans un contexte économique marqué par la traite négrière : une partie des prisonniers de guerre ramenés par les Agodjié était vendue à des commerçants d’esclaves, en échange d’armes, de poudre et d’autres biens, souligne cette analyse.
Que reste-t-il de leur histoire à Abomey aujourd’hui ?
Le musée historique d’Abomey, installé dans l’ancienne enceinte royale de Guézo et de Glèlè, consacre un espace entier aux Agodjié : armes, tenues et documents y détaillent leur organisation militaire, en complément des textes et des travaux des historiens. On y trouve aussi des bas-reliefs polychromes commandés par ces mêmes rois, certains restaurés après les destructions de 1892. Pour comprendre l’ensemble du site où s’inscrit cette mémoire, les palais royaux d’Abomey méritent une visite complète, au-delà de la seule salle dédiée aux guerrières.
Un projet muséal plus vaste est en développement depuis la restitution par la France, en 2021, de vingt-six trésors royaux : un futur musée consacré aux Amazones et aux rois du Danhomè doit s’installer autour de la Cour des Amazones, ancien terrain d’entraînement des Agodjié. En attendant son ouverture, un guide complet pour visiter Abomey permet d’organiser sa journée entre le site historique, le marché historique et le tombeau du roi Béhanzin, où les armes et attributs exposés dans l’espace consacré aux Agodjié illustrent de façon très concrète leur organisation militaire. Difficile de repartir d’Abomey sans avoir mesuré, salle après salle, à quel point les Amazones du Dahomey ont façonné l’identité militaire et politique de ce royaume.
Autres questions sur les Amazones du Dahomey
Les Amazones du Dahomey ont-elles vraiment existé ?
Oui. Leur existence est attestée par de nombreux témoignages d’officiers, de missionnaires et de voyageurs européens du XIXe siècle, ainsi que par les archives coloniales françaises liées à la guerre de 1892. Ce n’est pas une légende inventée après coup.
Combien de femmes composaient cette armée ?
À son apogée au XIXe siècle, sous le règne de Ghézo, le corps comptait plusieurs milliers de combattantes, avec des estimations allant jusqu’à environ 6 000 à certaines périodes, soit une part importante, parfois estimée à environ un tiers, de l’armée du Dahomey.
Le film The Woman King raconte-t-il une histoire vraie ?
Le film s’inspire de ce corps de guerrières réel, mais ses personnages principaux, comme la générale Nanisca, sont des créations fictionnelles. Il prend aussi des libertés sur certains aspects du Dahomey, notamment son rôle dans la traite négrière, précise GEO.
Je suis Lionel Dehoui, consultant en stratégie de contenu & seo hybride. Fondateur de Denel Writing et de la plateforme Benin360.com, j’accompagne les e-commerçants et entreprises basés en France, Suisse, Belgique et au Québec au-delà de la simple rédaction (audit technique, humanisation de contenus IA et stratégies d'acquisition 360°). Mon objectif, c'est de transformer votre trafic en revenus durables grâce à l'alliance de la data et de l'humain.